La tragédie grecque – une célébration publique :
Elles étaient représentées dans le cadre de concours
dramatiques en l’honneur de Dionysos, reconnu par les Grecs comme le dieu du
théâtre : à l’origine, le mot tragédie désigne le » chant du bouc » que l’on sacrifiait au dieu. Trois grandes
fêtes étaient organisées : les Lénéennes, les Dionysies rurales et les Dionysies
urbaines ou » Grandes Dionysies « .
Chacune correspondait à un type de célébration particulier, mais c’est surtout
la dernière qui était de grande envergure et où la tragédie avait une part
privilégiée. Elle participa à la renommée d’Athènes dans le monde grec.
Les Grandes dionysies, voulues par Pisistrate, se
déroulaient sur plusieurs jours et avaient lieu à la fin du mois de mars,
c’est-à-dire à une période de renouveau de la nature et où Athènes voyait aussi
revenir les voyageurs. Elles s’ouvraient, le premier jour, sur une grande
procession solennelle en l’honneur de »
Dionysos « . Toute la cité y participait, jusqu’aux prisonniers, qui étaient
relâchés sous caution ! Durant les deuxièmes et troisième jours, un concours de
dithyrambes (poèmes lyriques à la louange de Dionysos) était organisé entre les
chœurs d’hommes et de jeunes garçons des dix tribus de la cité. Enfin, au cours
des quatre derniers jours, un concours
dramatique avait lieu, se divisant en trois jours consacrés à la tragédie,
suivis d’un dernier consacré à la comédie.
– La tragédie. Faisant jouer trois acteurs face à un
chœur, la tragédie évoque la destinée de l’homme et sa confrontation avec les
Dieux. C’est à Athènes et lors du siècle suivant qu’elle va devenir le genre
littéraire majeur, l’aspect politique prenant peu à peu le dessus sur le
caractère religieux. Eschyle, Sophocle et Euripide en seront les principaux
représentants au Vème siècle avant J.C.
Certaines situations se retrouvent dans la plupart des
tragédies. Ce sont ce que l’on appelle des
» scènes typiques « , qui sont au nombre de trois :
la supplication : elle consiste en une prière adressée à
une divinité ou d’une personne à une autre. Elle peut ne constituer qu’un
élément d’une tragédie ou en être l’intrigue.
la reconnaissance : ce type de scène a été définie par
Aristote dans saPoétique : c’est, selon lui,
» le renversement qui fait passer de l’ignorance à la connaissance,
révélant l’alliance ou l’hostilité entre ceux qui sont désignés pour le bonheur
ou le malheur « . C’est donc en quelque sorte un revirement de situation où la
révélation- coup de théâtre concerne l’identité d’un personnage.
le récit de messager : le messager est un lien entre le
monde extérieur et le monde où a lieu la tragédie. Il fait un récit de ce qu’il
a vu et ce qu’il dit a valeur de vérité. Sa parole a une dimension épique, de
part l’exagération, l’emploi de métaphores et d’antithèses : son intervention
est un moment fort de le pièce.
– La comédie, qui
représente surtout les conflits familiaux. Elle se caractérise par des
intrigues ayant toujours trait à la vie de la cité. Dans Les Acharniens, La
Paixou Lysistrata, Aristophane prend parti pour la paix pour mettre fin à la
guerre du Péloponnèse ; dans Les Guêpes, il dénonce les effets pervers des
institutions judiciaires athéniennes. On évoque (souvent pour les brocarder)
des personnalités contemporaines, qui peuvent même apparaître sur scène. Ainsi,
le démagogue Cléon est ridiculisé à longueur de pièce par Aristophane (dans Les
Babyloniens,Les Cavaliers, etc.) tandis que Socrate apparaît en personne dans
Les Nuées.
Elle se compose canoniquement comme suit :
prologue où le héros est présenté ;
entrée en fanfare du chœur, qui chante et danse ;
au sens propre lutte : c’est un combat de gueule, un
affrontement burlesque entre le héros et son ou ses adversaires, arbitrée par
le coryphée (chef du chœur), qui s’achève par le triomphe du héros ;
intermède où le coryphée, rompant l’illusion théâtrale,
s’adresse aux spectateurs pour délivrer un discours de politique générale ou
plus prosaïquement faire la publicité de l’auteur, souvent aux dépens des
concurrents :
divers épisodes où le héros célèbre sa victoire ;
sortie du chœur et triomphe du héros, dans une farandole
endiablée.
L’inventivité de l’auteur prime avant tout, et le public,
à l’origine fait de paysans et vignerons réunis pour les Dionysies rurales, ne
fait guère le délicat : plaisanteries obscènes ou scatologiques, caricatures
grossières, accessoires phalliques, tout lui est bon. L’illusion comique reste
faible, les protagonistes faisant souvent ouvertement allusion aux divers «
trucs » de théâtre : Trygée, héros de La Paix, volant vers l’Olympe monté sur
un bousier, supplie le machiniste manœuvrant la grue de faire attention.
Dicéopolis, héros des Acharniens, suggère à Euripide d’emprunter l’eccyclème
pour apparaître sans sortir de chez lui : cette sorte de plateau horizontal,
demi-circulaire et mobile, tournant autour d’un pivot vertical dans le mur du
fond du théâtre, était destiné à montrer ce qui se passait à l’intérieur d’une
maison.
Les acteurs portaient un costume et un masque, même si ce
n’est pas un masque de tragédie, mais de comédie. Ce dernier, en cachant le
visage, permettait les changements de rôle ainsi que l’identification rapide
des personnages. Le costume était constitué d’une robe à manches longues, qui
descendait jusqu’aux pieds et était richement brodée et décorée. Les acteurs
portaient des sandales ( à ne pas confondre avec les cothurnes, ces chaussures
à hautes semelles destinées à grandir les acteurs, mais qui n’existaient pas au
cinquième siècle).
Le déroulement de l’action n’est pas très réaliste car la
machinerie est très rudimentaire. Cependant un certain nombre de dispositifs
mécaniques concouraient à l’intelligence de la pièce : l’encyclème, qui amenait
sur la scène des personnages censés être à l’intérieur de la maison ; une
machine (mèkanè – machina en latin) mise en mouvement par une poulie et une
corde , permettait à un personnage de monter au ciel (cf. Médée) ou à un dieu
d’apparaître pour réciter une tirade (d’où l’expression « deus ex machina » qui
signifie l’intervention soudaine d’un dieu dans l’action) ; le bronteion, baril
plein de pierres qui roulaient sur une feuille de métal pour imiter le bruit du
tonnerre, etc.
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