Voici la video du projet final.
lunes, 25 de abril de 2016
miércoles, 16 de marzo de 2016
viernes, 11 de marzo de 2016
Un auteur-acteur célèbre et contesté
À la différence de Corneille et de Racine, Molière écrit
ses pièces en praticien du théâtre. Il conçoit ses histoires et ses répliques
pour lui-même et pour des acteurs qu’il connaît et qu’il va diriger. Tout en
étant un véritable écrivain, maître des subtilités du langage et créateur de
formules, il pense – plus qu’un poète travaillant dans la solitude de son
bureau – à la façon dont les répliques seront dites par les comédiens et au jeu
qui accompagnera la diction du texte.
De fait, Molière n’a écrit que du théâtre, à l’exception
des préfaces qui précèdent l’édition de certaines de ses pièces, de son
Remerciement au roi(1663) et de son hommage au peintre Mignard, la Gloire du
Val-de-Grâce(1667). C’est un acteur-auteur comme l’était Shakespeare avant lui.
Il est l’auteur, selon la nomenclature en usage, de 2
farces, 22 comédies, 7 comédies-ballet, 1 tragédie-ballet, 1 « comédie
pastorale héroïque » et 1 « comédie héroïque ». Dom Garcie de Navarre, en 1661,
l’une de ses très rares tentatives dans le genre sérieux fut un échec.
Il a écrit tantôt en vers, tantôt en prose. Les acteurs
d’alors préféraient les vers, plus faciles à retenir. Mais écrire en alexandrins
demande un travail de plus longue haleine. Quand il était pressé, Molière
écrivait en prose, comme pour ses farces, pour Dom Juan ou l’Avare.
Molière dans le rôle d'ArnolpheMolière dans le rôle
d'Arnolphe
Qu’il soit rimé ou en prose, son style a naturellement
évolué d’année en année, et sa conception de la comédie également. Sans perdre
le goût des pitreries venu de la contemplation des bateleurs qu’il voyait dans
son enfance, Molière a peu à peu intégré des préoccupations personnelles, des
plaidoyers pour la liberté de ceux qui s’aiment et des questions
philosophiques, tout en revendiquant le souci de la vérité, « Il faut peindre
d’après nature ». En même temps, sa satire se focalisait sur le milieu mondain
et intellectuel, les ambitieux, les médecins et les faux prêcheurs de vertu.
Molière est-il alors devenu, au fil des années, un auteur
plus tragique que comique ? C’était le point de vue d’Alfred de Musset qui,
dans son poème Une soirée perdue (1850), admire chez lui « une mâle gaîté, si
triste et si profonde que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ».
Mais cet avis porte la marque des années du romantisme, où l’on aime à
privilégier une vision noire de l’Histoire et de la vie. Jusque dans sa
dernière pièce, le Malade imaginaire, Molière défia l’esprit de sérieux par la
bouffonnerie et la satire, fidèle à la mission qu’il définissait ainsi dans la
Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de
faire rire les honnêtes gens ».
Molière acteur
Molière en habit de SganarelleMolière en habit de
Sganarelle
Comme acteur, il était un interprète exceptionnel. Il a
joué les grands rôles qu’il avait conçus pour lui : Harpagon (l’Avare), Alceste
(le Misanthrope), Dom Juan… Il a été un incomparable acteur de comédies mais il
a aussi joué des tragédies.
De nombreux témoignages et travaux d’historiens rendent
compte de son talent de bête de scène. Lorsqu’il joue Mascarille dans les
Précieuses ridicules, il « entre en piste, clown au masque rubicond sous la
monstrueuse perruque couronnée du minuscule chapeau décrit par Mademoiselle Des
Jardins, engoncé dans ses flots de rubans et sa tuyauterie de canons,
glapissant dans sa chaise, secoué par ses porteurs, littéralement versé sur la
scène, il roule, se redresse, se trémousse, fait le brouhaha sur la scène et
dans la salle » (Molière, une vie, Alfred Simon, 1987).
Racine
Poétique de Racine
— Tandis que Corneille paraît toujours ressentir un
secret dépit contre Aristote et ses commentateurs, Racine semble ne regarder
les règles de la tragédie que comme les conditions nécessaires du genre. Cela
tient à ce que la « crise morale » à laquelle Racine réduit toute sa pièce
acquiert par les trois unités, loin d'en être gênée comme les actions
historiques et implexes de Corneille, plus de concentration et de force.
— Racine choisit ses sujets dans la légende grecque ou
romaine : une fois, dans Bajazet, il s'inspire d'un fait contemporain, mais
lointain : deux fois, il a recours à la Bible.
— Tout son effort vise à rendre ce sujet vraisemblable :
c'est-à-dire, étant donné un certain dénouement tragique fourni par la
tradition, à le montrer, à le rendre nécessaire, par l'analyse approfondie des
passions humaines qui l'ont produit. Aussi l’action, en elle-même, est-elle
très simple. Entre l’exposition et le dénouement, aucun événement nouveau :
rien que le jeu des sentiments. C'est ce que Racine appelle : « faire quelque
chose de rien. »
— L'amour est, de toutes les passions, celle qui tient le
plus de place dans les pièces de Racine. Mais, pour ne pas tomber dans la
galanterie à la mode, Racine ne manque jamais de peindre l’amour jaloux. La
jalousie est le grand ressort tragique de son théâtre, comme la volonté celui
du théâtre de Corneille. Cependant, Racine n'a pas moins réussi dans l'analyse
de l'ambition politique, de l'amour maternel, de l'amour ingénu : mais, en
général, c'est l'amour tragique et jaloux qui mène l'action et qui provoque le
dénouement.
— De là, l'impression de vérité et de tristesse que
laisse le théâtre de Racine. Corneille, en exaltant l'énergie et la volonté,
nous amène à prendre confiance en nos propres forces ; Racine, en nous présentant
un Pyrrhus, un Oreste, une Hermione, une Roxane, un Mithridate, une Ériphile,
une Phèdre, jouets et victimes de passions violentes et cependant
vraisemblables, nous oblige à faire un retour sur notre faiblesse. Seule la
dignité des personnages et le recul de l'action peuvent rassurer les
spectateurs : à la lecture, nous sentons que cette tragédie serait, en
changeant les temps et les noms, le drame moderne réaliste et bourgeois.
Racine prosateur
— De Racine, nous avons des lettres de jeunesse, écrites
d’Uzès ; (1661-62), celles qu'il adresse à Boileau (1687-99), et enfin de
nombreuses lettres à son fils aîné. Elles sont toutes aussi attachantes par le
fond que par la forme.
Outre les lettres, nous avons de Racine un Abrégé de
l'histoire de Port-Royal, ouvrage qu'il composa vers la fin de sa vie, et qui
ne fut publié qu'au XVIIIe siècle : c'est un admirable mémoire d'avocat ; le
style en est simple, naturel, et d'une sincérité qui atteint souvent la grande
éloquence.
— D'autre part. Racine nous a laissé quelques fragments
de son Histoire de Louis XIV ; la plus grande partie de cet ouvrage, composé en
collaboration avec Boileau et Valincour, fut détruite par un incendie.
— Enfin, parmi les discours académiques de Racine, il
faut citer celui qu'il prononça à la réception de Thomas Corneille (1684).
Jamais on n'a mieux parlé du grand Corneille.
Style de Racine
Le style de Racine, auteur tragique, donne en général une
impression d'harmonie, de justesse, de naturel. Mais c’est au théâtre qu’il faut
le juger. Là on s’aperçoit que le style de Racine est plus varié que celui de
Corneille : chaque personnage y parle le langage de son caractère et de sa
situation. Dans les passages d'exposition ou de galanterie, il y a parfois trop
d'élégance, ou du moins on la sent : dans les scènes où le poète fait parler la
passion toute pure, c'est la nature même que l'on croit entendre, et jamais
aucun poète n'a réalisé à ce point l’art de se l'aire oublier lui-même.
[Source : Charles-Marc Des Granges, Les Grands écrivains
français des origines à nos jours, Librairie Hatier, 1900]
jueves, 10 de marzo de 2016
Bérénice de Racine (1670)
Résumé:
Bérénice, reine de Palestine, est secrètement recherchée
en mariage par Antiochus, roi de Comagène, à l’époque où Titus vient mettre le
siège devant Jérusalem. Celui-ci la voit, l’aime et, lorsqu’il est vainqueur,
l’emmène avec lui à Rome dans le dessein de l’épouser. Antiochus suit la reine
et continue à la voir sous le voile de l’amitié, espérant toujours que quelque
obstacle imprévu viendra traverser les projets de mariage de son rival. Son
espoir n’est pas trompé. Le sénat vient faire connaître à l’empereur que les
Romains se refusent à accepter une étrangère pour impératrice. Titus se voit
donc forcé, à son grand regret, de sacrifier son amour à son ambition ; mais
n’ayant pas la force d’annoncer lui-même cette résolution à Bérénice, il charge
Antiochus de cette douloureuse mission. Bérénice, qui a de la peine à y croire,
accourt, pour s’en assurer, dans l’appartement de l’empereur et y rencontre le
Sénat qui vient féliciter Titus de la rupture de son mariage. Elle s’éloigne
aussitôt, résolue à se donner la mort ; mais bientôt, assurée de l’amour de
Titus et ne voulant pas compromettre son autorité, elle prend la généreuse
résolution de quitter l’Italie avec Antiochus dont elle n’encourage pas
néanmoins les espérances.
Le grand défaut de Bérénice est plutôt dans le choix du
sujet que dans la manière dont le poète l’a traité. Racine s’est efforcé de
suppléer au manque d’action et l’on est étonné qu’il ait pu tirer cinq actes
d’une situation si uniforme et si peu tragique ; il a créé le personnage
d’Antiochus, mais on sent que ce personnage n’est qu’un remplissage. Le mérite
de Bérénice est surtout dans le style qui est enchanteur.
miércoles, 9 de marzo de 2016
Le théâtre de Shakespeare
Le théâtre de Shakespeare a traversé les siècles, grâce à
sa force, grâce à sa poésie, grâce à sa vérité humaine. Marquant, en
Angleterre, la sortie du Moyen Age, suite à un grand massacre entre familles
féodales anglaises, suite aux guerres civiles et à la guerre de cent ans contre
la France, ce théâtre marque le changement et ce n’est pas un hasard s’il
reçoit le soutien d’une reine soucieuse de faire renouer la monarchie anglaise
avec la bourgeoisie et le peuple anglais, sans rompre avec les monarchies
européennes, exercice d’acrobatie qui sera réussi, au point de lancer durablement
les affaires mondiales de la bourgeoisie anglaise dans le monde, au détriment
notamment de la France.
Ce soutien d’Elisabeth 1ère au théâtre de Shakespeare est
d’autant plus surprenant que ce théâtre est essentiellement un théâtre
historique reprenant de manière non métaphorique toutes les horreurs de la
monarchie anglaise, les excès, les violences, les folies, les haines, les
meurtres. Et c’est, pour la première fois, dans le langage du peuple et aux
yeux du peuple que les anciennes royautés sont ainsi trainées dans la boue aux
yeux de tous et avec le soutien public et ouvert d’Elisabeth 1ère, démontrant
ainsi sa capacité à se créer une popularité nouvelle et crédibilisant l’idée
que la nouvelle monarchie ouvrait une ère nouvelle. Ce ne sera pas le seul
geste d’Elisabeth pour se donner une grande popularité.
Un autre étonnement : Elisabeth 1ère, surnommée « la
reine vierge » (elle n’a pas d’amants et pas de maris), la « reine protestante
», soutient à fond un théâtre qui traîne dans la boue les rois, les nobles, les
couvents, la morale hypocrite, qui met en scène la violence la plus nue, la
cruauté, le sexe, les orgies, avec vulgarité et grossièreté. Il s’agit de
capter le peuple et de l’amener à rompre avec l’état d’esprit moyenâgeux, à
reconnaître l’ère nouvelle, celle de la liberté bourgeoise réconciliée avec la
bourgeoisie et le peuple.
Il faut dire qu’Elisabeth avait aussi de bonnes raisons
personnelles d’en vouloir à la monarchie qui avait séduit sa mère, qui l’avait
tuée, qui avait exclue Elisabeth, dans un premier temps, de la succession de la
couronne d’Angleterre, qui avait tué son amant, qui l’avait interrogée,
menacée, arrêtée, condamnée et qui avait failli la tuer sans les hasards de
l’Histoire, violences et hasards qui seront justement mis en scène par
Shakespeare (ou celui qui s’est caché derrière le nom de cet acteur pour écrire
ses pièces).
Toute une partie de l’histoire de l’Angleterre défile
ainsi dans ces pièces, rapportée de manière très politique pour donner une
interprétation au peuple des affres qu’a subi le pays.
Le style de Racine
Jean Racine écrivait en style majestueux ce qui
correspondait au genre de la tragédie qui était pris pour le genre élevé où on
évite des bassesses. Sa tragédie est écrite en alexandrins ; les vers sont
souvent partagés entre deux personnages pour conserver l’isosyllabisme mais surtout
pour crée l´impression que la pièce continue sans cesse vers son fin
catastrophique. L´alternance des discours forcent la cadence et on ne peut pas
cesser de suivre des yeux le cours vers la tragédie finale. Cette tragédie
montre bien que le classicisme du XVIIème siècle représentait le comble des
tendances normatives et que pendant cette époque, le vers traditionnel a été
achevé.[1] Racine utilise deux divisions du grand vers, soit avec 4 mesures
soit avec la césure après la 6ème et 12ème syllabe. L’auteur utilise souvent
des rimes riches ce qui crée un ensemble mélodieux. Toute la tragédie est
composée en rimes plates qui ont pour l´effet la régularité de la lecture. Les
exceptions se trouvent dans l’acte IV où on lit deux sortes de lettres. Dans la
scène première, c’est la lettre amoureuse de Bajazet pour Atalide qui est
écrite en vers alternés (8,10, 12 syllabes) et en plus l’organisation des rimes
change. On voit deux quatrains à rimes embarrassées qui entourent un distique à
rimes plates.[2]
Voici la lettre amoureuse de la scène première de l’acte
IV, vers 1135-1144:
« Après tant
d’injustes détours,
a 8
Faut-il qu’à
feindre encor votre amour me convie ?
b 12
Mais je veux bien prendre soin d’une vie b 10
Dont vous jurez que dépendent vos jours. a 10
Je verrai la Sultane. Et par ma complaisance, c 12
Par de nouveaux serments de ma reconnaissance, c 12
J’apaiserai, si
je puis, son courroux. d 10
N’exigez rien de plus. Ni la mort, ni vous-même, e 12
Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime, e 12
Puisque jamais je n’aimerai que vous. » d 10
Cela correspond au texte lyrique au contraire de la
lettre inventée par Roxane dans la scène 3 de l’acte IV qui exprime l’ordre de
tuer Bajazet (scène 3 de l’acte IV, vers 1185-1192) :
« Avant que Babylone éprouvât ma puissance, a
Je vous ai fait porter mes ordres absolus. b
Je ne veux point douter de votre obéissance, a
Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus. b
Je laisse sous mes lois Babylone asservie, c
Et confirme en partant mon ordre souverain. d
Vous, si vous avez soin de votre propre vie, c
Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. » d
Cette lettre est déjà composée en dodécasyllabes avec le
système des rimes croisées et cette régularité rend l’austérité de l’ordre
auquel il faut obéir.
En ce qui concerne le langage, les mots concrets sont remplacés
par les mots abstraits et les images tels que les flammes, les chaines, les
yeux perfides, les tristes soupirs etc. Le champ lexical de l´incertitude et de
la vengeance fait ressortir les thèmes principaux de la pièce. Les sentiments
principaux expriment les secrets, les soupçons et la crainte, après la feinte
(perfide, indigne), et finissent par la vengeance (la colère). Le style
d´écriture est complété par des exclamatives et interrogatives lesquelles on
peut appeler les figures de passion parce qu’elles expriment ces sentiments.
Comme
on l´a dit, chaque auteur fait ressortir
tels aspects de l´histoire qui correspondent avec le genre littéraire choisi.
Segrais décrit les qualités et la beauté des personnages et la galanterie de la
liaison amoureuse, Racine se concentre sur le sentiment de domination et sur la
jalousie. D’un côté, on a des valeurs positives, l’histoire où personne n’est
mauvais, d’autre côté les vices du naturel humain où personne n’est sans faute.
Voilà la différence majeure dans les deux ouvrages. La même histoire est
simplement prise de l’autre bout, d’un autre point de vue. Segrais a choisi de
présenter les personnages comme aimables ce qui va bien ensemble avec la
nouvelle, Racine montre les personnages tragiques.
Cela n´empêche pas de comparer les personnages et les
thèmes principaux – l´amour, la feinte et les caractéristiques turques. Avant
de se lancer dans une analyse détaillée des récits, on va brièvement exposer le
résumé des histoires.
[1] Jiří Šrámek, Základy francouzské versifikace,
Masarykova Univerzita, Brno, 1991
[2] Jean Racine, Bajazet, Paris : Librairie Générale
Française, Le livre de Poche 2000, note 1 à la page 80. Désormais, les
références à cet ouvrage seront indiquées par le signe B., suivi de la page, et
placées entre parenthèses dans le corps du texte.
viernes, 4 de marzo de 2016
La passion et la fatalité dans le théâtre de Jean Racine
La galanterie, courant esthétique majeur alors que Racine
écrit Andromaque, dépeint avec un raffinement subtil les méandres des
sentiments amoureux.
Si Racine en reprend le vocabulaire et les images
(«feux», «fers», «flammes»), il les réactive, leur restitue un sens propre :
mourir d'aimer devient une réalité et cesse d'être une métaphore.
Passion irrépressible, l’amour domine le théâtre
racinien. Mû(e) par une idée fixe, prêt(e) à toutes les violences pour
s’assurer la possession de l’être aimé, l’amoureux ou l’amoureuse (qui aime
sans être aimé) s’enferme dans une aliénation croissante.
L’amour passionnel est montré jusque dans ses
manifestations physiques; ainsi, Phèdre rougit, pâlit, tremble à la vue
d’Hippoyte. Racine dépeint aussi les douceurs de sentiments tendres, purs,
d’amants (dont l’amour est réciproque) qui se heurtent à la fureur d’un(e)
amoureux(se).
C’est Junie et Britannicus affrontant Néron, Atalide et
Bajazet opposés à Roxane, Aricie et Hippolyte à Phèdre. Deuxième grande passion
du théâtre racinien, l’amour du pouvoir ravage certains de ses héros tels que
Néron, Agamemnon, Athalie.
Chaque tragédie s’ouvre sur une crise passionnelle qui
sera exacerbée par des obstacles-obstacles extérieurs: refus de l’être aimé,
interdits familiaux, raison d’État, ou intérieurs, comme un fort sentiment de
culpabilité et la crise s’amplifie graduellement jusqu’à une issue le plus
souvent fatale.
Tout en se livrant à une analyse lucide des sentiments ou
des signes de la passion, le héros qui souffre d’un amour pathologique ou d’un
appétit incoercible de pouvoir est incapable d’obéir à la raison. Il se débat
vainement contre ses pulsions et le spectateur assiste à une marche inexorable
vers la catastrophe. Car tout est joué d’avance, l’homme, soumis à une fatalité
déterminée par les dieux, n’est pas libre.
Le dénouement d’une tragédie doit rétablir des rapports
familiaux ou sociaux déréglés par le jeu des passions, mais, chez Racine,
l’ordre politique n’est jamais vraiment restauré et le spectateur, ému et
fasciné par l’épreuve des passions est, la crise achevée, invité à la
compassion par les larmes que Thésée se propose de verser sur Hippolyte, ou un
dernier « Hélas ! » de Bérénice.
Le Mariage de Figaro
Beaumarchais : (1732-1799), naît à Paris. Bien que fils
d’horloger, il s’introduit à la cour grâce à une invention qui lui vaut de
devenir horloger du roi puis professeur de harpe des filles de Louis XV. Il
s’anoblit par l’achat d’une charge de secrétaire du roi. En 1770, une affaire
de succession l’amène à comparaître en justice et Beaumarchais se trouve blâmé.
Il travaille alors comme agent secret à Londres puis en Allemagne. En 1775, il
sert d’intermédiaire dans les livraisons d’armes aux Américains insurgés contre
la tutelle anglaise.
Beaumarchais crée également des pièces de théâtre et
donne en 1775 Le Barbier de Séville en 1ère représentation : sifflé, il le
remaniera par conséquent ultérieurement. Ensuite il fonde la Société des
auteurs pour faire reconnaître la notion de droit d’auteur et entreprend la
publication des œuvres complètes de Voltaire. Réhabilité par le nouveau
Parlement, il parachève son retour en grâce par le triomphe du Mariage de
Figaro (1784) qui à cause de sa portée satirique s’attire la foudre des
censeurs et vaut un séjour en prison à son auteur. En 1791, il commet l’erreur
de s’impliquer dans l’achat de fusils pour les révolutionnaires. Son négoce
échoue et vieilli, sourd usé par cette vie rocambolesque, il meurt en 1799 à
Paris.
Le Barbier de Séville : 1775 - comédie en 4 actes
Selon l’auteur
: « Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille ; un jeune amant
plus adroit le prévient, et ce jour même, en fait sa femme à la barbe et dans
la maison du tuteur. »
Le Mariage de Figaro : 1784 - comédie en 5 actes
Comme le
Barbier de Séville, cette pièce reçoit un accueil chaleureux du public.
Selon
Beaumarchais toujours : « La plus badine des intrigues. Un grand seigneur
espagnol (un héros picaresque ou picaro), amoureux d’une jeune fille qu’il veut
séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu’elle doit épouser et la
femme du seigneur, réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître
absolu, que son rang, sa fortune, sa prodigalité rendent tout-puissant pour
l’accomplir. Ne voilà rien de plus. La pièce est sous vos yeux ». L'originalité
et l'intérêt de la pièce sont ailleurs, dans la critique des abus de l'époque.
L'intrigue masque les messages sociaux dans un mouvement de débauche, de gaieté
et d'énergie. Figaro veut épouser Suzanne. Marceline, la vieille gouvernante de
Bartholo, veut épouser Figaro qu’elle tient par la reconnaissance de dette
qu’il a jadis signée. Elle n’a pas encore reconnu en lui le fils qu’elle a
jadis perdu. Le comte Almaviva (l’ancien partenaire de Figaro est devenu son
adversaire) prétend ravir Suzanne à Figaro. La comtesse Rosine espère bien
reconquérir son époux volage. Le jeune Chérubin, amoureux de sa marraine, fait
figure de rival ingénu du comte, dont il suscite la colère…
Il s’agit
véritablement d’une comédie d’intrigue, mais aussi d’une comédie satirique
puisque la justice est ridiculisée. La condition des femmes est évoquée : «
traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes »
s’exclame Marceline. Les injustes privilèges de la société féodale sont
dénoncés « vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus » remarque à
juste titre Figaro dans sa tirade à l’acte V scène 3. Beaumarchais remet donc
en cause le principe de la naissance. Ainsi la rivalité entre le comte et Figaro
semble un conflit historique ou politique entre un Ancien Régime moribond,
s’accrochant à ses privilèges iniques, et un monde nouveau plein de jeunesse,
de promesses et d’incertitudes. Le Mariage de Figaro n’est certes pas une pièce
révolutionnaire, (il s’en défend d’ailleurs dans sa préface, même si cela
semble aussi une manière de se protéger des censeurs) mais il justifie sans
doute le mot de Beaumarchais : « qui dit auteur dit oseur ». Cette pièce a été
censurée pendant 4 ans et interdite durant l'occupation allemande. Elle dénonce
les abus de l'époque, les privilèges et l'ancien régime. Sa critique exposée de
manière théâtrale est osée puisqu’elle est présentée directement à un public
dont la réaction est immédiate.
Molière
Ses débuts dans le théâtre:
En 1643, alors qu’il était destiné à être avocat ou
tapissier, il se fait soudain verser sa part d'héritage maternel, passe contrat
avec la famille Béjart et six autres comédiens pour fonder une troupe, «
l'Illustre-Théâtre », et il devient « Molière ». Sa vocation est donc originale
et impérieuse. Il aurait pu, comme beaucoup, venir au théâtre par l'écriture,
mais chez lui le goût du jeu scénique précède l'écriture, donnée fondamentale
pour comprendre sa carrière et son esthétique.
Il essaie de fonder une nouvelle salle de théâtre à
Paris, ce qui est alors des plus difficiles. En butte à l'hostilité des troupes
concurrentes, l'Illustre-Théâtre fait faillite dès 1645, et Molière connaît,
très brièvement, la prison pour dettes. Il n'abandonne pas : il rejoint avec
les Béjart une troupe itinérante en province. Ce sont des années
d'apprentissage, sous la protection du prince de Conti, gouverneur du
Languedoc.
Molière commence à écrire pour la compagnie des farces,
puis des comédies (l'Étourdi, 1654 ; le Dépit amoureux, 1656). Mais le prince
de Conti, devenu dévot, retire son appui aux comédiens. La troupe quitte le
Midi de la France pour Rouen puis Paris, où Molière obtient la protection de
Monsieur, frère du roi.
En 1658, la troupe débute devant la Cour. Le bon accueil
fait à ses premières comédies lui permet d'obtenir de partager la salle du
Palais-Royal avec les comédiens-italiens. Molière, qui s’estime un temps doué
pour la tragédie, y interprète des tragédies de Corneille, sans succès. La gloire survient cependant dès
1659 avec le succès triomphal des Précieuses ridicules: pour la première fois,
Molière fait éditer son texte (pour couper court à des éditions pirates).
miércoles, 2 de marzo de 2016
Racine
Sa Devotion:
Après son mariage (1677) avec Catherine de Romanet, une
parente de son cousin Nicolas Vitard, et revenu lui-même à la religion de son
enfance, Racine vit en bon époux et en bon chrétien. Il exhorte ses sept
enfants à la piété la plus stricte et quatre de ses filles entreront dans les
ordres.
Négligeant désormais le théâtre que la cour, de plus en
plus dévote, voit d'ailleurs avec moins d'enthousiasme, Racine joue sans
hésiter son rôle d'écrivain thuriféraire du roi. Cela lui vaut, en retour,
d'être parmi les familiers de la cour, d'avoir un logis à Versailles, et ses
entrées dans le cercle privilégié que le roi réunit à Marly. En 1678, il suit
Louis XIV dans ses campagnes. Sa production d'historien reste cependant mince ;
on lui devra surtout un Éloge historique du Roi sur ses conquêtes (1684) et une
Relation du siège de Namur (1692). Réconcilié avec Port-Royal (il laissera un
Abrégé de l'histoire de Port-Royal, posthume), Racine entre en 1683 à
l'Académie des inscriptions et se trouve, avec Boileau encore, chargé de
préparer les inscriptions latines que le roi fait graver au-dessous des
peintures qui décorent Versailles. Il achète en 1690 une charge de gentilhomme
ordinaire de la chambre.
Durant cette période, Racine jouit également de la
protection de Mme de Maintenon. Celle-ci avait ouvert à Saint-Cyr une
institution pour jeunes filles nobles démunies. Afin de leur faire pratiquer le
chant, le jeu théâtral, et leur donner en même temps des divertissements
édifiants, elle commande au poète des tragédies religieuses. Racine revient
donc au théâtre mais à un théâtre d'inspiration sacrée : il écrit Esther, créée
à Saint-Cyr en 1689 en présence du roi et très appréciée du public de cour,
puis Athalie (1691).
Un zèle imprudent pour Port-Royal à une époque où la persécution
se faisait sentir le met en délicatesse avec Mme de Maintenon et en
demi-disgrâce à la Cour. Après avoir souffert d'un abcès au foie, Racine
s'éteint le 21 avril 1699. Louis XIV lui accorde la sépulture à Port-Royal.
Corneille: Le Théâtre de la Sensibilité
Le siècle classique français reprit à son compte le
précepte des anciens Grecs selon lequel le théâtre devait « purger les passions
», c’est-à-dire opérer une catharsis (purification) dans l’esprit du
spectateur. Corneille acceptait cette idée mais il voulut plutôt transformer le
public par la valeur d’exemple que peuvent incarner des pièces comme Le Cid ou
Polyeucte. Mais, de même qu’il a su casser brillamment l’uniformité de la
récitation en introduisant des variations comme les stances (formes de
monologues poétiques), il n’a pas écrit un théâtre qui pourrait se réduire
seulement à cette fonction d’exemplarité, au culte du héros, à l’école du
courage et de la volonté.
On connaît surtout les grands personnages masculins de
ses pièces, mais il a également brossé d’amples et saisissants personnages
féminins. D’ailleurs, la pièce qu’il préférait parmi ses créations – et que la
postérité n’a pas placée au premier plan – repose sur la personnalité d’une
femme. Il s’agit de Rodogune (1647), dont l’héroïne, « princesse des Parthes »,
est âpre et ambitieuse, très différente des mères et des filles fort touchantes
qui interviennent dans bien d’autres de ses pièces. Mais c’est néanmoins la
représentation passionnée d’un destin de femme. Lui-même donna, sans modestie,
les raisons de son attachement à cette œuvre : « Elle a tout ensemble la beauté
du sujet, la nouveauté des fictions, la force des vers, la facilité de
l’expression, la solidité du raisonnement, la chaleur des passions, les
tendresses de l’amour et de l’amitié : et cet heureux assemblage est ménagé de
sorte qu’elle s’élève d’acte en acte » (Examen, 1660).
Tout Corneille est dans cette phrase : le théâtre doit «
raisonner » mais être aussi empreint de tendresse. Les mises en scène modernes
de ses pièces ont fréquemment mis en évidence une sensibilité et une sensualité
méconnues. Écrivain affectionnant le discours et la leçon politique, avocat dans
l’écriture comme il l’était à la ville, Corneille est aussi à sa façon, qui est
plus secrète que celle de Racine, un écrivain du sentiment.
Jean Racine
Rival de Corneille, de son temps comme dans les esprits
du public d'aujourd'hui, Jean Racine reste le maître de la tragédie classique
française. Ses pièces campent, dans un décor antique, des héros intemporels,
victimes sublimes de leurs passions incontrôlables. Le héros racinien aime
quelqu'un qui en aime un autre, dans une succession terrible à l'issue fatale.
Jeune homme pauvre qui parvint à la faveur du roi Louis
XIV, Racine connut une promotion sociale considérable. Sa religion, empreinte
de la morale austère du jansénisme de Port-Royal, fut l'autre grande affaire de
sa vie.
Naissance
Le 21 décembre 1639, à la Ferté-Milon (Picardie).
Famille
Appartenance à la moyenne bourgeoisie. Mort de la mère,
puis du père de Racine, alors que celui-ci n’a que deux puis quatre ans.
Formation
À partir de 1649, études à Port-Royal-des-Champs ; puis
passage au collège de Beauvais, haut lieu du jansénisme, à Paris et retour aux
Granges de Port-Royal-des-Champs pour l’année de rhétorique. Classe de
philosophie au collège d’Harcourt, à Paris (1658).
Début de la carrière
Création de La Thébaïde (1664) par la troupe de Molière.
Premier succès
Andromaque (1667), un triomphe qui, de l’avis général,
impose désormais Racine comme l’égal de Corneille.
Évolution de la carrière
Perfectionnement du dispositif tragique jusqu’à
l’apothéose de Phèdre (1677) puis long silence du dramaturge, promu la même
année historiographe du roi ; adieu définitif au théâtre après les créations
d’Esther (1689) et d’Athalie (1691), deux tragédies bibliques commandées par
Mme de Maintenon, pour les jeunes filles pensionnaires de la maison de
Saint-Cyr. À la suite de quoi, composition de cantiques liturgiques (1695),
rédaction de l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal (1696) et attention toute
particulière de Racine à la nouvelle édition de ses œuvres dramatiques (1697).
Mort
Le 21 avril 1699 à Paris. Inhumation à
Port-Royal-des-Champs et, après la destruction de l’abbaye en 1711, transfert
des cendres à l’église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris.
martes, 1 de marzo de 2016
Le Malade imaginaire
Comédie mêlée de musique et de danse en 3 actes et en
prose de Molière (1673), qui mourut après la quatrième représentation.
Argan est un « malade imaginaire » et, en conséquence, un
homme qui ingurgite un grand nombre de médicaments. Il compte le nombre de ses
potions et lavements en se réjouissant de leur efficacité. Il se sent
éternellement malade, mais plus encore quand il a pris moins de médecines. Il
n’a que faire des quolibets de sa servante, Toinette, et projette de marier sa
fille Angélique au fils d’un de ses médecins, Thomas Diafoirus. Il pourra ainsi
être encore mieux soigné !
Lui-même, remarié à Béline, se montre aussi crédule face
à elle que face aux personnes qui se chargent de sa santé. Celle-ci, égoïste et
profiteuse, veut déshériter les enfants d’Argan et il s’apprête à accepter une
disposition juridique dans ce sens. La jeune Angélique s’est en fait promise à
Cléante qui hante la maison et qui, s’étant fait passer pour le remplaçant du
maître de musique, assiste aux compliments ridicules que Thomas Diafoirus fait
à Angélique. Avec Cléante et Toinette, la résistance aux dangereux projets
d’Argan commence à s’organiser.
Le frère d’Argan, Béralde, arrive avec l’espoir de
freiner tant de folies et de lubies. Il tente de le raisonner Argan et chasse
les médecins cupides. Argan se voit privé de tous ses soutiens et reçoit alors
le premier médecin venu : c’est Toinette qui, déguisée en homme de l’art,
explique la plupart des douleurs par une seule cause : « le poumon ». Pour
ouvrir enfin les yeux de son frère, Béralde lui conseille de simuler la mort.
Devant son corps inerte, Béline se réjouit de cette disparition, qui va lui
permettre de s’emparer de l’argent gardé dans la maison, et, au contraire,
Angélique se désole. Argan cesse son jeu. Béline s’enfuit. Angélique est
récompensée par l’accord donné à son mariage avec Cléante.
Toujours convaincu d’être malade, Argan décide de devenir
médecin : il est accueilli parmi un chœur de chirurgiens et autres apothicaires
qui le nomment médecin, en dansant et en chantant des couplets écrits dans un
cocasse latin de cuisine… Ce faux latin du chœur final est d’une grande
drôlerie. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. »,
chantent les bacheliers. Molière s’amuse mais il accuse à nouveau les médecins
de faire mourir leurs patients. « Novus doctor (…) et manget / et bibat / et
sienget / et tuat », conclut le chœur.
Molière, qui va mourir peu de temps après la création de
la pièce, défie une dernière fois le corps médical. Bien des commentateurs
voient dans cette pièce le pressentiment de l’issue fatale et une tonalité angoissée.
Il n’empêche que l’œuvre est, dans son rythme et dans l’alternance de ses
scènes, conçue comme une fête ; de fait, quand elle jouée dans sa totalité – ce
qui est rare –, c’est une comédie-ballet ; elle résonne comme un immense éclat
de rire.
domingo, 28 de febrero de 2016
L'Avare
Comédie de Molière, en cinq actes et en prose (1668), sur
la trame de l'Aulularia de Plaute : la passion de thésauriser est devenue une
manie obsessionnelle qui relève moins de la condamnation morale que de l'étude
clinique de la folie.
Âgé, riche et le cœur sec, Harpagon impose la loi de son
avarice forcenée à sa famille et à sa domesticité. Ses enfants et Valère, le
jeune homme amoureux de la fille de la maison, Elise, se débattent contre tant
de dureté et essaient soit de le faire changer d’attitude soit de le tromper en
feignant d’entrer dans son jeu de chef de famille intraitable. Valère s’est
fait passer pour majordome et s’est ainsi introduit dans la maison, en adoptant
la tactique de flatter outrageusement Harpagon.
Bien des occasions de conflit surgissent : Harpagon veut
se marier à une jeune femme, Mariane, dont son propre fils, Cléante, est
amoureux ; le père et le fils se disputent donc la même femme, qu’une
entremetteuse Frosine promet au premier dans l’espoir d’une récompense
financière illusoire. À court d’argent, Cléante a contacté un usurier par
l’entremise du valet La Flèche. Cet usurier s’avère être Harpagon !
À chaque fois, les enfants sont victimes de leur père,
lequel rêve toujours de mariage et a fait préparer une réception à l’intention
de Mariane en demandant à son cuisinier de préparer les plats les moins
coûteux. Mais, au cours de cette réception, Harpagon apprend que sa cassette
contenant dix mille écus d’or et enterrée dans le jardin vient d’être volée. Il
ne pense plus qu’à son argent et accuse tous ceux qui l’entourent. En fait, le
vol a été commis par La Flèche qui a agi en connivence avec Valère.
À partir du moment où la cassette est restituée et la
viabilité des alliances assurée, – un coup de théâtre révèle que les promis des
autres familles, sauvés d’un naufrage lointain, appartiennent à des lignées
fortunées –, Harpagon retrouve sa tranquillité et sa solitude. « Allons vite
faire part de notre joie à votre mère », dit Anselme – un riche ami de la
famille qui s’est avéré à la fois le père de Mariane et de Valère, « Et moi,
voir ma chère cassette », répond Harpagon.
Ce chef-d’œuvre, qui a cependant le défaut de comporter
un dernier acte aux péripéties invraisemblables, contient certaines des
répliques les plus célèbres du théâtre français. Telles que : « La peste soit de l’avarice et des
avaricieux », dit par La Flèche, « Qui
se sent morveux, qu’il se mouche », dit également par La Flèche, et les
exclamations furieuses et délirantes d’Harpagon (« Je veux faire pendre tout le
monde. Et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après. »).
Le Malade imaginaire
Comédie mêlée de musique et de danse en 3 actes et en
prose de Molière (1673), qui mourut après la quatrième représentation.
Argan est un « malade imaginaire » et, en conséquence, un
homme qui ingurgite un grand nombre de médicaments. Il compte le nombre de ses
potions et lavements en se réjouissant de leur efficacité. Il se sent
éternellement malade, mais plus encore quand il a pris moins de médecines. Il
n’a que faire des quolibets de sa servante, Toinette, et projette de marier sa
fille Angélique au fils d’un de ses médecins, Thomas Diafoirus. Il pourra ainsi
être encore mieux soigné !
Lui-même, remarié à Béline, se montre aussi crédule face
à elle que face aux personnes qui se chargent de sa santé. Celle-ci, égoïste et
profiteuse, veut déshériter les enfants d’Argan et il s’apprête à accepter une
disposition juridique dans ce sens. La jeune Angélique s’est en fait promise à
Cléante qui hante la maison et qui, s’étant fait passer pour le remplaçant du
maître de musique, assiste aux compliments ridicules que Thomas Diafoirus fait
à Angélique. Avec Cléante et Toinette, la résistance aux dangereux projets
d’Argan commence à s’organiser.
Le frère d’Argan, Béralde, arrive avec l’espoir de
freiner tant de folies et de lubies. Il tente de le raisonner Argan et chasse
les médecins cupides. Argan se voit privé de tous ses soutiens et reçoit alors
le premier médecin venu : c’est Toinette qui, déguisée en homme de l’art,
explique la plupart des douleurs par une seule cause : « le poumon ». Pour
ouvrir enfin les yeux de son frère, Béralde lui conseille de simuler la mort.
Devant son corps inerte, Béline se réjouit de cette disparition, qui va lui
permettre de s’emparer de l’argent gardé dans la maison, et, au contraire,
Angélique se désole. Argan cesse son jeu. Béline s’enfuit. Angélique est
récompensée par l’accord donné à son mariage avec Cléante.
Toujours convaincu d’être malade, Argan décide de devenir
médecin : il est accueilli parmi un chœur de chirurgiens et autres apothicaires
qui le nomment médecin, en dansant et en chantant des couplets écrits dans un
cocasse latin de cuisine… Ce faux latin du chœur final est d’une grande
drôlerie. « Clisterium donare, / Postea seignare, / Ensuitta purgare. »,
chantent les bacheliers. Molière s’amuse mais il accuse à nouveau les médecins
de faire mourir leurs patients. « Novus doctor (…) et manget / et bibat / et
sienget / et tuat », conclut le chœur.
Molière, qui va mourir peu de temps après la création de
la pièce, défie une dernière fois le corps médical. Bien des commentateurs
voient dans cette pièce le pressentiment de l’issue fatale et une tonalité angoissée.
Il n’empêche que l’œuvre est, dans son rythme et dans l’alternance de ses
scènes, conçue comme une fête ; de fait, quand elle jouée dans sa totalité – ce
qui est rare –, c’est une comédie-ballet ; elle résonne comme un immense éclat
de rire.
Chronologie des pièces principales de Molière
1659
: les Précieuses ridicules, comédie.
1662
: l'École des femmes, comédie.
1663
: la Critique de l'École des femmes, comédie.
1663
: l'Impromptu de Versailles, comédie.
1664-1669
: Tartuffe, comédie.
1665
: Dom Juan, comédie.
1666
: le Misanthrope, comédie.
1666
: le Médecin malgré lui, comédie.
1668
: Amphitryon, comédie.
1668
: George Dandin, comédie.
1668
: l'Avare, comédie.
1669
: Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet.
1670
: le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet.
1671
: les Fourberies de Scapin, comédie.
1671
: les Femmes savantes, comédie.
1673
: le Malade imaginaire, comédie mêlée de musique et de danse.
Horace de Corneille (1640)
Au moment où commence la tragédie, nous sommes introduits
dans la famille d’Horace, vieux chevalier romain, père de trois fils, dont l’un
a épousé Sabine, sœur de Curiace, patricien d’Albe. Un nouveau mariage doit
rapprocher encore les familles romaines et albaine : Curiace est fiancé à
Camille, fille du vieil Horace. Mais Albe et Rome sont en guerre, et cet
événement retarde l’union projetée. Cependant Curiace vient annoncer à sa
fiancée que les chefs d’Albe et de Rome, sur le point de livrer une bataille
qui devait être décisive, ayant horreur du sang qui allait être versé, ont
résolu de finir cette guerre par un combat de trois contre trois. Camille
reçoit avec transport un si heureux nouveau. Les trois Horaces sont choisis par
Rome pour défendre ses destins. Curiace félicite l’aîné des trois de cet
honneur, en se plaignant néanmoins de ce qu’il faut que ses beaux-frères
périssent, ou qu’Albe, sa patrie, devienne sujette de Rome. Presque au même
instant on lui vient annoncer qu’Albe l’a choisi, lui Curiace, avec deux de ses
frères, pour être ses combattants. Sa douleur est au comble. Sabine et Camille
se montrent aussi plus alarmées que jamais. Horace et Curiace s’arrachent
d’auprès d’elles et partent pour le combat.
Les deux armées, en les voyant paraître, s’émeuvent à
l’idée que des personnes si proches vont combattre ensemble, et un sacrifice
est fait pour consulter la volonté des dieux. L’espérance renaît dans le cœur
de Sabine, tandis que Camille n’augure rien de bon. En effet, le vieil Horace
vient leur apprendre que les combattants sont aux mains. Peu d’instants après,
la nouvelle se répand que deux Horaces sont tués, que le troisième est en
fuite, et que les trois Curiaces sont demeurés maîtres du champ de bataille.
Camille pleure ses deux frères, mais ressent une secrète joie de la victoire de
son amant. Sabine, qui ne perd ni ses frères ni son mari, apprend cette
nouvelle avec un esprit plus calme. Mais l’épouvante la saisit aussi quand elle
entend les menaces que le père des Horaces profère contre son fils : ce
vieillard, uniquement touché des intérêts de Rome qui va devenir sujette
d’Albe, jure qu’avant la fin du jour il aura lavé dans le sang de son fils la
honte des Romains.
Sur ces entrefaites, un envoyé de Tulle, roi de Rome,
vient annoncer au vieil Horace la victoire de son fils, dont la fuite n’était
qu’un stratagème pour vaincre les trois Curiaces, qu’il a exterminés l’un après
l’autre. À peine cette dernière victoire est-elle connue, que le vainqueur
arrive avec les trophées de sa triple victoire. Camille, qui ne voit dans le
triomphe de son frère que la perte de son fiancé, tombe dans une affreuse
douleur, éclate en cris d’indignation contre Rome et maudit la victoire d’Horace.
Ce dernier entre en fureur contre celle qui ose pleurer le triomphe de sa
patrie, et, oubliant que Camille est sa sœur, il tire son épée et la lui plonge
dans le sein. Horace ne tarde pas à se repentir de ce meurtre : il en a honte
et prie son père de l’en punir.
Cependant Valère, chevalier romain, amant de Camille,
vient demander au roi Tulle justice du crime dont Horace s’est rendu coupable.
Le roi, après avoir entendu l’accusation, ordonne au coupable de se défendre.
Horace répond que toute défense est inutile, que son crime est avéré, et qu’il
est prêt à mourir. Alors le vieil Horace plaide la cause de son fils d’une
manière si éloquente que le roi Tulle pardonne au vainqueur des Curiaces, en
déclarant que les lois doivent se taire devant l’immense service que ce
généreux Romain vient de rendre à la patrie.
Livre en PDF
...http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/CORNEILLEP_HORACE.pdf
Cinna
Les personnages
Octave César Auguste. Neveu adoptif de Jules César,
empereur romain. Arrivé légitimement au pouvoir absolu, il se demande néanmoins
s'il devrait abdiquer pour rendre à Rome son statut de république.
Cinna. Favori d'Auguste, il se considère pourtant comme
son ennemi en tant que petit-fils de Pompée, l'adversaire malheureux de César
lors de la guerre civile, qui avait péri assassiné. En fait, la conjuration
qu'il organise contre son protecteur résulte surtout de la volonté de vengeance
de celle qu'il aime, Emilie
.
Emilie. Fille de Toranius, ancien tuteur d'Auguste
éliminé lors d'une purge, elle veut absolument tirer vengeance de l'empereur,
qu'elle considère comme l'assassin de son père, et alors même qu'il l'a
finalement adoptée. Elle compte utiliser l'amour que lui porte Cinna (et
qu'elle partage) pour accomplir son but, en se refusant à celui-ci tant qu'il
n'aura pas tué Auguste.
Maxime. Conseiller d'Auguste. À la fois ami et rival de
Cinna, il participe à la conjuration surtout par amour pour Emilie, et son
manque de conviction profonde le poussera à trahir ses associés.
Livie. Femme d'Auguste. Elle n'apparaît que très
brièvement à la fin de la pièce pour livrer une vision prophétique de la gloire
de l'empereur.
Fulvie. Confidente d'Emilie.
Polyclète. Affranchi d'Auguste (ancien esclave libéré
resté au service de son maître).
Evandre. Affranchi de Cinna.
Euphore. Affranchi de Maxime
Résumé : Cinna ou la Clémence d’Auguste de Corneille (1641)
Émilie, fille de Toranius, aspire à venger la mort de son
père, tuteur d’Auguste, et proscrit par lui durant le triumvirat. Cinna,
petit-fils de Pompée, aime Émilie, et, pour lui plaire, trame contre Auguste
une conjuration dans laquelle il fait entrer les plus illustres républicains
échappés aux proscriptions. Il vient rendre compte à Émilie de l’état de cette
conjuration, dont il est le chef avec Maxime, lui annonce que tout est prêt, et
que dès demain le tyran doit tomber sous leurs coups. À peine finit-il ce
récit, qu’un ordre arrive, pour lui et pour Maxime, de se rendre chez
l’empereur. La conjuration est découverte, on n’en saurait douter. Néanmoins,
il n’y a pas à hésiter, il faut aller à ce redoutable rendez-vous ; ils s’y
rendent. Là, ils ne tardent pas à reconnaître que leurs alarmes étaient vaines
: le prince, fatigué du pouvoir, des travaux qu’il lui impose, des dangers
qu’il lui suscite, désire rentrer dans la vie privée. Il a voulu auparavant
consulter Maxime et Cinna sur un acte aussi important, et il leur demande leur
avis. Cinna lui conseille de garder l’empire ; Maxime l’en dissuade. Cinna
insiste, en disant que Rome ne peut être heureuse qu’avec un maître. Auguste
cède à ce dernier avis, et sort pour en porter la nouvelle à Livie. Maxime,
demeuré seul avec Cinna, lui demande pourquoi conspirant pour rendre la liberté
à Rome, il n’a pas saisi l’occasion d’atteindre ce but en conseillant à
l’empereur de quitter le pouvoir. Cinna lui répond qu’il ne faut jamais qu’un
tyran demeure impuni, et que même l’abdication ne doit pas être pour lui un
moyen de salut.
La main d’Æmilie doit être le prix de la mort d’Auguste.
Maxime vient de l’apprendre, et comme il aime aussi Æmilie en secret, il voit
que le succès de la conjuration livrera son amante à son rival. Alors la
jalousie lui inspire l’idée de révéler la conjuration à l’empereur. Cependant
Cinna, revenu de sa première fureur, et ayant réfléchi à la confiance et à la
bonté qu’Auguste vient de lui témoigner, hésite à poursuivre son entreprise :
il a honte d’immoler Auguste comme un tyran, après lui avoir conseillé de
retenir l’empire. D’ailleurs par lui Rome est glorieuse et respectée. De plus,
ce prince a pour Émilie des sentiments de père, il veut l’unir avec Cinna :
est-il d’une belle âme de se montrer ingrate aux bienfaits ? Mais Émilie, loin
de se sentir touchée de ces objections, se révolte à l’idée d’appartenir à
Cinna par la volonté d’Auguste, et fait à son amant de si cruels reproches sur
son changement de volonté, qu’il lui promet d’immoler le tyran, ainsi qu’il s’y
est engagé ; mais il ajoute qu’ensuite, pour recouvrer l’honneur qu’il aura
perdu par cette action, il tournera son épée contre lui-même.
Maxime a mis à exécution son idée de révélation.
Euphorbe, son affranchi, a, suivant ses ordres secrets, dévoilé toute la
conjuration à l’empereur. Auguste, irrité, hésite sur le parti qu’il prendra,
s’il quittera le pouvoir, ou s’il sévira contre les coupables. Au moment où il
flotte dans ces perplexités, Livie, sa femme, instruite de tout, lui vient
offrir ses avis. Elle le dissuade de quitter l’empire, l’invite à essayer de la
clémence, lui rappelle que la rigueur n’a servi jusqu’à présent qu’à faire
naître conjuration sur conjuration, et que la douceur sera le meilleur moyen
d’affermir son pouvoir. Mais Auguste, encore ému de colère, craint que s’il
écoute ce conseil on ne l’accuse de faiblesse ; il sort sans avoir rien décidé,
et Livie le suit.
Émilie sait déjà que la conjuration est découverte ;
Maxime vient le lui confirmer. Il lui annonce qu’elle va être arrêtée, et en
même temps lui propose de fuir. Elle réplique que tout conjuré doit mourir avec
Cinna, et qu’elle leur en donnera l’exemple. Maxime alors lui avoue qu’il
l’aime, et qu’il aspire à lui tenir lieu de Cinna ; mais la fière Romaine
rejette ses vœux avec indignation, et Maxime, trompé dans son espérance, est au
désespoir d’avoir trahi son ami.
Auguste, depuis son entretien avec Livie, revenu à des
sentiments plus calmes, a mandé Cinna. Enfermé seul avec lui, il commence par
lui rappeler les bienfaits dont il l’a comblé, la confiance qu’il lui a
témoignée : « Et, pour m’en récompenser, ajoute-t-il, tu veux m’assassiner. »
Alors, il lui détaille de point en point toute la conjuration. Cinna, atterré,
avoue son crime. Émilie, suivant le dessein qu’elle a annoncé, veut partager le
sort de son amant, et vient elle-même se dénoncer comme complice de Cinna.
Auguste, cruellement affligé de cette nouvelle révélation, dompte néanmoins son
juste ressentiment, pardonne à tous les coupables, et unit Émilie et Cinna.
Livre en
PDF...http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/CORNEILLEP_CINNA.pdf
Corneille
Reçu avocat au parlement de Rouen en 1624, il achète deux
offices. Mais c'est la carrière poétique et dramatique qui l'attire. Dès 1629,
il fait jouer à Paris une comédie, Mélite, et, malgré Clitandre (1630-1631),
tragi-comédie, il semble se consacrer au genre (la Veuve, 1631 ; la Galerie du
Palais, 1631-1632 ; la Suivante, 1632-1633 ; la Place Royale, 1633-1634).
Richelieu l'accueille parmi les cinq auteurs qui travaillent sous sa
protection, mais Corneille reprend vite sa liberté, et, alors qu'il donne sa
comédie la plus originale (l'Illusion comique, 1636), le succès de sa première
tragédie, Médée (1635), infléchit sa carrière, confirmée par le triomphe du
Cid.
Mais, si le public le suit, les « doctes » le boudent et suscitent
une querelle littéraire qui ne sera close qu'en 1638 avec la publication des
Sentiments de l'Académie sur le Cid.
Corneille se tait pendant trois ans et finalement
s'incline. Il écrit des tragédies « régulières » (Horace, 1640 ; Cinna, 1641 ;
Polyeucte, 1642 ;Rodogune, 1644 ; Héraclius, 1647 ; Nicomède, 1651),
entrecoupées de comédies (le Menteur, 1643 ; Don Sanche d'Aragon, 1650).
Marié en 1640 avec Marie de Lampérière, Corneille a six
enfants ; son deuxième fils sera tué en 1674 au siège de Grave-en-Brabant.
Académicien en 1647, il renonce à ses charges d'avocat trois ans plus tard. En
1651, l'échec de Pertharite le décourage brutalement. Pendant sept ans, il ne
s'occupe que d'une traduction en vers de l'Imitation de Jésus-Christ (1656)
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