La galanterie, courant esthétique majeur alors que Racine
écrit Andromaque, dépeint avec un raffinement subtil les méandres des
sentiments amoureux.
Si Racine en reprend le vocabulaire et les images
(«feux», «fers», «flammes»), il les réactive, leur restitue un sens propre :
mourir d'aimer devient une réalité et cesse d'être une métaphore.
Passion irrépressible, l’amour domine le théâtre
racinien. Mû(e) par une idée fixe, prêt(e) à toutes les violences pour
s’assurer la possession de l’être aimé, l’amoureux ou l’amoureuse (qui aime
sans être aimé) s’enferme dans une aliénation croissante.
L’amour passionnel est montré jusque dans ses
manifestations physiques; ainsi, Phèdre rougit, pâlit, tremble à la vue
d’Hippoyte. Racine dépeint aussi les douceurs de sentiments tendres, purs,
d’amants (dont l’amour est réciproque) qui se heurtent à la fureur d’un(e)
amoureux(se).
C’est Junie et Britannicus affrontant Néron, Atalide et
Bajazet opposés à Roxane, Aricie et Hippolyte à Phèdre. Deuxième grande passion
du théâtre racinien, l’amour du pouvoir ravage certains de ses héros tels que
Néron, Agamemnon, Athalie.
Chaque tragédie s’ouvre sur une crise passionnelle qui
sera exacerbée par des obstacles-obstacles extérieurs: refus de l’être aimé,
interdits familiaux, raison d’État, ou intérieurs, comme un fort sentiment de
culpabilité et la crise s’amplifie graduellement jusqu’à une issue le plus
souvent fatale.
Tout en se livrant à une analyse lucide des sentiments ou
des signes de la passion, le héros qui souffre d’un amour pathologique ou d’un
appétit incoercible de pouvoir est incapable d’obéir à la raison. Il se débat
vainement contre ses pulsions et le spectateur assiste à une marche inexorable
vers la catastrophe. Car tout est joué d’avance, l’homme, soumis à une fatalité
déterminée par les dieux, n’est pas libre.
Le dénouement d’une tragédie doit rétablir des rapports
familiaux ou sociaux déréglés par le jeu des passions, mais, chez Racine,
l’ordre politique n’est jamais vraiment restauré et le spectateur, ému et
fasciné par l’épreuve des passions est, la crise achevée, invité à la
compassion par les larmes que Thésée se propose de verser sur Hippolyte, ou un
dernier « Hélas ! » de Bérénice.
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