miércoles, 9 de marzo de 2016

Le théâtre de Shakespeare

Le théâtre de Shakespeare a traversé les siècles, grâce à sa force, grâce à sa poésie, grâce à sa vérité humaine. Marquant, en Angleterre, la sortie du Moyen Age, suite à un grand massacre entre familles féodales anglaises, suite aux guerres civiles et à la guerre de cent ans contre la France, ce théâtre marque le changement et ce n’est pas un hasard s’il reçoit le soutien d’une reine soucieuse de faire renouer la monarchie anglaise avec la bourgeoisie et le peuple anglais, sans rompre avec les monarchies européennes, exercice d’acrobatie qui sera réussi, au point de lancer durablement les affaires mondiales de la bourgeoisie anglaise dans le monde, au détriment notamment de la France.

Ce soutien d’Elisabeth 1ère au théâtre de Shakespeare est d’autant plus surprenant que ce théâtre est essentiellement un théâtre historique reprenant de manière non métaphorique toutes les horreurs de la monarchie anglaise, les excès, les violences, les folies, les haines, les meurtres. Et c’est, pour la première fois, dans le langage du peuple et aux yeux du peuple que les anciennes royautés sont ainsi trainées dans la boue aux yeux de tous et avec le soutien public et ouvert d’Elisabeth 1ère, démontrant ainsi sa capacité à se créer une popularité nouvelle et crédibilisant l’idée que la nouvelle monarchie ouvrait une ère nouvelle. Ce ne sera pas le seul geste d’Elisabeth pour se donner une grande popularité.

Un autre étonnement : Elisabeth 1ère, surnommée « la reine vierge » (elle n’a pas d’amants et pas de maris), la « reine protestante », soutient à fond un théâtre qui traîne dans la boue les rois, les nobles, les couvents, la morale hypocrite, qui met en scène la violence la plus nue, la cruauté, le sexe, les orgies, avec vulgarité et grossièreté. Il s’agit de capter le peuple et de l’amener à rompre avec l’état d’esprit moyenâgeux, à reconnaître l’ère nouvelle, celle de la liberté bourgeoise réconciliée avec la bourgeoisie et le peuple.

Il faut dire qu’Elisabeth avait aussi de bonnes raisons personnelles d’en vouloir à la monarchie qui avait séduit sa mère, qui l’avait tuée, qui avait exclue Elisabeth, dans un premier temps, de la succession de la couronne d’Angleterre, qui avait tué son amant, qui l’avait interrogée, menacée, arrêtée, condamnée et qui avait failli la tuer sans les hasards de l’Histoire, violences et hasards qui seront justement mis en scène par Shakespeare (ou celui qui s’est caché derrière le nom de cet acteur pour écrire ses pièces).


Toute une partie de l’histoire de l’Angleterre défile ainsi dans ces pièces, rapportée de manière très politique pour donner une interprétation au peuple des affres qu’a subi le pays.

Blog Pierre Corneille

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Le style de Racine

Jean Racine écrivait en style majestueux ce qui correspondait au genre de la tragédie qui était pris pour le genre élevé où on évite des bassesses. Sa tragédie est écrite en alexandrins ; les vers sont souvent partagés entre deux personnages pour conserver l’isosyllabisme mais surtout pour crée l´impression que la pièce continue sans cesse vers son fin catastrophique. L´alternance des discours forcent la cadence et on ne peut pas cesser de suivre des yeux le cours vers la tragédie finale. Cette tragédie montre bien que le classicisme du XVIIème siècle représentait le comble des tendances normatives et que pendant cette époque, le vers traditionnel a été achevé.[1] Racine utilise deux divisions du grand vers, soit avec 4 mesures soit avec la césure après la 6ème et 12ème syllabe. L’auteur utilise souvent des rimes riches ce qui crée un ensemble mélodieux. Toute la tragédie est composée en rimes plates qui ont pour l´effet la régularité de la lecture. Les exceptions se trouvent dans l’acte IV où on lit deux sortes de lettres. Dans la scène première, c’est la lettre amoureuse de Bajazet pour Atalide qui est écrite en vers alternés (8,10, 12 syllabes) et en plus l’organisation des rimes change. On voit deux quatrains à rimes embarrassées qui entourent un distique à rimes plates.[2]
Voici la lettre amoureuse de la scène première de l’acte IV, vers 1135-1144:

   « Après tant d’injustes détours,                                          a           8
   Faut-il qu’à feindre encor votre amour me convie ?        b              12
Mais je veux bien prendre soin d’une vie                             b          10
Dont vous jurez que dépendent vos jours.                            a          10
Je verrai la Sultane. Et par ma complaisance,                       c          12
Par de nouveaux serments de ma reconnaissance,                c          12
   J’apaiserai, si je puis, son courroux.                                      d          10
N’exigez rien de plus. Ni la mort, ni vous-même,                 e          12
Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime,             e          12
Puisque jamais je n’aimerai que vous. »                                d          10


Cela correspond au texte lyrique au contraire de la lettre inventée par Roxane dans la scène 3 de l’acte IV qui exprime l’ordre de tuer Bajazet (scène 3 de l’acte IV, vers 1185-1192) :

« Avant que Babylone éprouvât ma puissance,        a
Je vous ai fait porter mes ordres absolus.                  b
Je ne veux point douter de votre obéissance,                       a
Et crois que maintenant Bajazet ne vit plus.             b        
Je laisse sous mes lois Babylone asservie,                 c
Et confirme en partant mon ordre souverain.            d
Vous, si vous avez soin de votre propre vie,             c
Ne vous montrez à moi que sa tête à la main. »        d


Cette lettre est déjà composée en dodécasyllabes avec le système des rimes croisées et cette régularité rend l’austérité de l’ordre auquel il faut obéir.
En ce qui concerne le langage, les mots concrets sont remplacés par les mots abstraits et les images tels que les flammes, les chaines, les yeux perfides, les tristes soupirs etc. Le champ lexical de l´incertitude et de la vengeance fait ressortir les thèmes principaux de la pièce. Les sentiments principaux expriment les secrets, les soupçons et la crainte, après la feinte (perfide, indigne), et finissent par la vengeance (la colère). Le style d´écriture est complété par des exclamatives et interrogatives lesquelles on peut appeler les figures de passion parce qu’elles expriment ces sentiments.

            Comme on l´a dit,  chaque auteur fait ressortir tels aspects de l´histoire qui correspondent avec le genre littéraire choisi. Segrais décrit les qualités et la beauté des personnages et la galanterie de la liaison amoureuse, Racine se concentre sur le sentiment de domination et sur la jalousie. D’un côté, on a des valeurs positives, l’histoire où personne n’est mauvais, d’autre côté les vices du naturel humain où personne n’est sans faute. Voilà la différence majeure dans les deux ouvrages. La même histoire est simplement prise de l’autre bout, d’un autre point de vue. Segrais a choisi de présenter les personnages comme aimables ce qui va bien ensemble avec la nouvelle, Racine montre les personnages tragiques.
Cela n´empêche pas de comparer les personnages et les thèmes principaux – l´amour, la feinte et les caractéristiques turques. Avant de se lancer dans une analyse détaillée des récits, on va brièvement exposer le résumé des histoires.



[1] Jiří Šrámek, Základy francouzské versifikace, Masarykova Univerzita, Brno, 1991

[2] Jean Racine, Bajazet, Paris : Librairie Générale Française, Le livre de Poche 2000, note 1 à la page 80. Désormais, les références à cet ouvrage seront indiquées par le signe B., suivi de la page, et placées entre parenthèses dans le corps du texte.

viernes, 4 de marzo de 2016

La passion et la fatalité dans le théâtre de Jean Racine

La galanterie, courant esthétique majeur alors que Racine écrit Andromaque, dépeint avec un raffinement subtil les méandres des sentiments amoureux.

Si Racine en reprend le vocabulaire et les images («feux», «fers», «flammes»), il les réactive, leur restitue un sens propre : mourir d'aimer devient une réalité et cesse d'être une métaphore.

Passion irrépressible, l’amour domine le théâtre racinien. Mû(e) par une idée fixe, prêt(e) à toutes les violences pour s’assurer la possession de l’être aimé, l’amoureux ou l’amoureuse (qui aime sans être aimé) s’enferme dans une aliénation croissante.

L’amour passionnel est montré jusque dans ses manifestations physiques; ainsi, Phèdre rougit, pâlit, tremble à la vue d’Hippoyte. Racine dépeint aussi les douceurs de sentiments tendres, purs, d’amants (dont l’amour est réciproque) qui se heurtent à la fureur d’un(e) amoureux(se).

C’est Junie et Britannicus affrontant Néron, Atalide et Bajazet opposés à Roxane, Aricie et Hippolyte à Phèdre. Deuxième grande passion du théâtre racinien, l’amour du pouvoir ravage certains de ses héros tels que Néron, Agamemnon, Athalie.

Chaque tragédie s’ouvre sur une crise passionnelle qui sera exacerbée par des obstacles-obstacles extérieurs: refus de l’être aimé, interdits familiaux, raison d’État, ou intérieurs, comme un fort sentiment de culpabilité et la crise s’amplifie graduellement jusqu’à une issue le plus souvent fatale.

Tout en se livrant à une analyse lucide des sentiments ou des signes de la passion, le héros qui souffre d’un amour pathologique ou d’un appétit incoercible de pouvoir est incapable d’obéir à la raison. Il se débat vainement contre ses pulsions et le spectateur assiste à une marche inexorable vers la catastrophe. Car tout est joué d’avance, l’homme, soumis à une fatalité déterminée par les dieux, n’est pas libre.


Le dénouement d’une tragédie doit rétablir des rapports familiaux ou sociaux déréglés par le jeu des passions, mais, chez Racine, l’ordre politique n’est jamais vraiment restauré et le spectateur, ému et fasciné par l’épreuve des passions est, la crise achevée, invité à la compassion par les larmes que Thésée se propose de verser sur Hippolyte, ou un dernier « Hélas ! » de Bérénice.

Le Mariage de Figaro

Beaumarchais : (1732-1799), naît à Paris. Bien que fils d’horloger, il s’introduit à la cour grâce à une invention qui lui vaut de devenir horloger du roi puis professeur de harpe des filles de Louis XV. Il s’anoblit par l’achat d’une charge de secrétaire du roi. En 1770, une affaire de succession l’amène à comparaître en justice et Beaumarchais se trouve blâmé. Il travaille alors comme agent secret à Londres puis en Allemagne. En 1775, il sert d’intermédiaire dans les livraisons d’armes aux Américains insurgés contre la tutelle anglaise.

Beaumarchais crée également des pièces de théâtre et donne en 1775 Le Barbier de Séville en 1ère représentation : sifflé, il le remaniera par conséquent ultérieurement. Ensuite il fonde la Société des auteurs pour faire reconnaître la notion de droit d’auteur et entreprend la publication des œuvres complètes de Voltaire. Réhabilité par le nouveau Parlement, il parachève son retour en grâce par le triomphe du Mariage de Figaro (1784) qui à cause de sa portée satirique s’attire la foudre des censeurs et vaut un séjour en prison à son auteur. En 1791, il commet l’erreur de s’impliquer dans l’achat de fusils pour les révolutionnaires. Son négoce échoue et vieilli, sourd usé par cette vie rocambolesque, il meurt en 1799 à Paris.

Le Barbier de Séville : 1775 - comédie en 4 actes
     Selon l’auteur : « Un vieillard amoureux prétend épouser demain sa pupille ; un jeune amant plus adroit le prévient, et ce jour même, en fait sa femme à la barbe et dans la maison du tuteur. »

Le Mariage de Figaro : 1784 - comédie en 5 actes
      Comme le Barbier de Séville, cette pièce reçoit un accueil chaleureux du public.
     Selon Beaumarchais toujours : « La plus badine des intrigues. Un grand seigneur espagnol (un héros picaresque ou picaro), amoureux d’une jeune fille qu’il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu’elle doit épouser et la femme du seigneur, réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu, que son rang, sa fortune, sa prodigalité rendent tout-puissant pour l’accomplir. Ne voilà rien de plus. La pièce est sous vos yeux ». L'originalité et l'intérêt de la pièce sont ailleurs, dans la critique des abus de l'époque. L'intrigue masque les messages sociaux dans un mouvement de débauche, de gaieté et d'énergie. Figaro veut épouser Suzanne. Marceline, la vieille gouvernante de Bartholo, veut épouser Figaro qu’elle tient par la reconnaissance de dette qu’il a jadis signée. Elle n’a pas encore reconnu en lui le fils qu’elle a jadis perdu. Le comte Almaviva (l’ancien partenaire de Figaro est devenu son adversaire) prétend ravir Suzanne à Figaro. La comtesse Rosine espère bien reconquérir son époux volage. Le jeune Chérubin, amoureux de sa marraine, fait figure de rival ingénu du comte, dont il suscite la colère…


     Il s’agit véritablement d’une comédie d’intrigue, mais aussi d’une comédie satirique puisque la justice est ridiculisée. La condition des femmes est évoquée : « traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes » s’exclame Marceline. Les injustes privilèges de la société féodale sont dénoncés « vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus » remarque à juste titre Figaro dans sa tirade à l’acte V scène 3. Beaumarchais remet donc en cause le principe de la naissance. Ainsi la rivalité entre le comte et Figaro semble un conflit historique ou politique entre un Ancien Régime moribond, s’accrochant à ses privilèges iniques, et un monde nouveau plein de jeunesse, de promesses et d’incertitudes. Le Mariage de Figaro n’est certes pas une pièce révolutionnaire, (il s’en défend d’ailleurs dans sa préface, même si cela semble aussi une manière de se protéger des censeurs) mais il justifie sans doute le mot de Beaumarchais : « qui dit auteur dit oseur ». Cette pièce a été censurée pendant 4 ans et interdite durant l'occupation allemande. Elle dénonce les abus de l'époque, les privilèges et l'ancien régime. Sa critique exposée de manière théâtrale est osée puisqu’elle est présentée directement à un public dont la réaction est immédiate.

Molière

Ses débuts dans le théâtre:

En 1643, alors qu’il était destiné à être avocat ou tapissier, il se fait soudain verser sa part d'héritage maternel, passe contrat avec la famille Béjart et six autres comédiens pour fonder une troupe, « l'Illustre-Théâtre », et il devient « Molière ». Sa vocation est donc originale et impérieuse. Il aurait pu, comme beaucoup, venir au théâtre par l'écriture, mais chez lui le goût du jeu scénique précède l'écriture, donnée fondamentale pour comprendre sa carrière et son esthétique.

Il essaie de fonder une nouvelle salle de théâtre à Paris, ce qui est alors des plus difficiles. En butte à l'hostilité des troupes concurrentes, l'Illustre-Théâtre fait faillite dès 1645, et Molière connaît, très brièvement, la prison pour dettes. Il n'abandonne pas : il rejoint avec les Béjart une troupe itinérante en province. Ce sont des années d'apprentissage, sous la protection du prince de Conti, gouverneur du Languedoc.

Molière commence à écrire pour la compagnie des farces, puis des comédies (l'Étourdi, 1654 ; le Dépit amoureux, 1656). Mais le prince de Conti, devenu dévot, retire son appui aux comédiens. La troupe quitte le Midi de la France pour Rouen puis Paris, où Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi.


En 1658, la troupe débute devant la Cour. Le bon accueil fait à ses premières comédies lui permet d'obtenir de partager la salle du Palais-Royal avec les comédiens-italiens. Molière, qui s’estime un temps doué pour la tragédie, y interprète des tragédies de Corneille,  sans succès. La gloire survient cependant dès 1659 avec le succès triomphal des Précieuses ridicules: pour la première fois, Molière fait éditer son texte (pour couper court à des éditions pirates).

miércoles, 2 de marzo de 2016

Racine

Sa Devotion:

Après son mariage (1677) avec Catherine de Romanet, une parente de son cousin Nicolas Vitard, et revenu lui-même à la religion de son enfance, Racine vit en bon époux et en bon chrétien. Il exhorte ses sept enfants à la piété la plus stricte et quatre de ses filles entreront dans les ordres.

Négligeant désormais le théâtre que la cour, de plus en plus dévote, voit d'ailleurs avec moins d'enthousiasme, Racine joue sans hésiter son rôle d'écrivain thuriféraire du roi. Cela lui vaut, en retour, d'être parmi les familiers de la cour, d'avoir un logis à Versailles, et ses entrées dans le cercle privilégié que le roi réunit à Marly. En 1678, il suit Louis XIV dans ses campagnes. Sa production d'historien reste cependant mince ; on lui devra surtout un Éloge historique du Roi sur ses conquêtes (1684) et une Relation du siège de Namur (1692). Réconcilié avec Port-Royal (il laissera un Abrégé de l'histoire de Port-Royal, posthume), Racine entre en 1683 à l'Académie des inscriptions et se trouve, avec Boileau encore, chargé de préparer les inscriptions latines que le roi fait graver au-dessous des peintures qui décorent Versailles. Il achète en 1690 une charge de gentilhomme ordinaire de la chambre.

Durant cette période, Racine jouit également de la protection de Mme de Maintenon. Celle-ci avait ouvert à Saint-Cyr une institution pour jeunes filles nobles démunies. Afin de leur faire pratiquer le chant, le jeu théâtral, et leur donner en même temps des divertissements édifiants, elle commande au poète des tragédies religieuses. Racine revient donc au théâtre mais à un théâtre d'inspiration sacrée : il écrit Esther, créée à Saint-Cyr en 1689 en présence du roi et très appréciée du public de cour, puis Athalie (1691).


Un zèle imprudent pour Port-Royal à une époque où la persécution se faisait sentir le met en délicatesse avec Mme de Maintenon et en demi-disgrâce à la Cour. Après avoir souffert d'un abcès au foie, Racine s'éteint le 21 avril 1699. Louis XIV lui accorde la sépulture à Port-Royal.